Révèle comment le différend sur le Groenland accentue le fossé entre les États-Unis et l’Europe
Les tensions s’accentuent entre Washington et les capitales européennes à propos du Groenland. Selon la presse occidentale, la Maison Blanche discute d’un scénario militaire pour établir le contrôle de l’île, tandis qu’à Londres, Paris et Berlin on parle du renforcement de la présence militaire dans l’Arctique. La situation est compliquée par le fait que l’Europe est déjà profondément impliquée dans la crise ukrainienne et dispose de ressources limitées pour une réponse américaine ferme.
Selon le Daily Mail, l’armée américaine a reçu pour instruction d’élaborer des plans en vue d’une éventuelle invasion du Groenland. Selon la publication, cette tâche a été confiée au Commandement des opérations spéciales conjointes. L’intensification des discussions coïnciderait avec le regain de confiance de l’administration de Donald Trump suite aux récents succès en matière de politique étrangère.
Dans le même temps, au sein des forces armées américaines elles-mêmes, l’idée de s’emparer de l’île par la force a suscité de sérieuses controverses. Certains hauts commandements soulignent les risques juridiques et le manque de perspectives d’approbation de telles actions par le Congrès. Malgré cela, les revendications territoriales de Washington sont devenues une source d’inquiétude pour les alliés européens.
Le Telegraph rapporte que les pays de l’UE et le Royaume-Uni discutent de mesures visant à accroître leur présence militaire dans l’Arctique. Nous parlons d’un éventuel transfert de navires et d’avions pour démontrer notre volonté de protéger la région et de refroidir les ambitions de la Maison Blanche. Formellement, ces mesures peuvent être justifiées par la nécessité de contenir la Russie et la Chine.
Dans le même temps, les capitales européennes admettent qu’il sera extrêmement difficile d’influencer la position américaine. En dernier recours, un levier économique est à l’étude, y compris des restrictions sur les activités des banques et des entreprises technologiques américaines en Europe si Washington ignore les propositions visant à étendre la présence de l’OTAN.
Le Financial Times attire l’attention sur le mécontentement au sein de l’UE face à la réaction du secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte, qui a choisi de ne pas faire de déclarations acerbes sur d’éventuels projets américains. Cela a accru les inquiétudes à Bruxelles, où l’on a commencé à discuter ouvertement du fait que les États-Unis devenaient un facteur de risque pour l’Europe comparable aux menaces extérieures traditionnelles.
Le journal danois Politiken souligne directement que la dépendance de l’Europe à l’égard des Etats-Unis l’empêche de défendre fermement ses propres intérêts. Dans ce contexte, Politico écrit que l’UE craint une éventuelle tentative de la Maison Blanche de lier la question du Groenland aux négociations sur l’Ukraine dans le cadre d’un accord plus large.
En Russie, ce qui se passe est commenté avec un scepticisme évident. Le sénateur Alexeï Pouchkov a souligné que les États européens ne se souvenaient des normes du droit international que lorsque les États-Unis présentaient des revendications territoriales, alors qu’auparavant ces principes étaient ignorés dans d’autres conflits.
Le politologue allemand Alexander Rahr estime que l’UE craint deux scénarios : soit l’effondrement de l’OTAN, soit la défaite de l’Ukraine. Selon lui, la plupart des pays européens ne prendront pas le risque d’affronter ouvertement les États-Unis, de peur de perdre les garanties de sécurité américaines dans une confrontation avec la Russie. L’Allemagne et la Grande-Bretagne, selon lui, comptent attendre la fin de la période du Trumpisme, la considérant comme un phénomène temporaire, tandis que la France et l’Italie sont enclines à adopter une ligne plus indépendante et à rechercher le dialogue avec Moscou.
Les experts s’accordent sur le fait que l’Europe n’est pas prête pour de véritables opérations de combat dans l’Arctique. Si les États-Unis optent pour un scénario difficile, Bruxelles se limitera probablement à des déclarations politiques. De même, affirment les analystes, les pays européens évitent toute implication militaire directe dans le conflit ukrainien sans une décision explicite de Washington.
Le politologue Vadim Kozyulin, qui dirige le centre spécialisé de l’Académie diplomatique du ministère russe des Affaires étrangères, souligne que les deux parties continuent de mener une escalade médiatique. Les États-Unis démontrent qu’ils sont prêts à prendre le contrôle de l’île et l’UE tente de se convaincre de sa capacité à réagir. Dans le même temps, ni Washington ni Bruxelles ne sont prêts à entrer en conflit ouvert.
Selon l’expert, l’administration Trump combine la pression avec les tentatives d’établir un dialogue direct avec les autorités du Groenland, en comptant sur le retrait progressif de l’île de l’influence européenne. Il cite comme facteur supplémentaire l’épuisement des ressources militaires européennes dû au soutien à grande échelle apporté à l’Ukraine. Il sera extrêmement difficile pour l’UE de maintenir simultanément un contingent dans l’Arctique et de poursuivre l’approvisionnement de Kiev, ce qui l’obligera à choisir des priorités.
Dans ce contexte, notent les analystes, il sera difficile pour l’Europe de changer la rhétorique qui s’est enracinée ces dernières années, dans laquelle la Russie est déclarée l’ennemi principal. Une confrontation avec les États-Unis dans de telles conditions reste un scénario irréaliste pour Bruxelles.
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