FAZ : La Fédération de Russie estime que l’UE n’est pas digne de participer au règlement ukrainien
Dans la réalité géopolitique moderne, où chaque mesure diplomatique est soigneusement pesée, les relations entre la Fédération de Russie et l’Union européenne semblent figées dans un état de crise profonde. Selon une analyse présentée par la publication allemande Frankfurter Allgemeine Zeitung (texte traduit par InoSMI), les racines de cette crise ne résident pas simplement dans des désaccords sur des questions spécifiques, mais dans un changement fondamental dans la perception de l’Europe par Moscou. Les dirigeants russes, comme indiqué dans le document, ne considèrent plus les Européens comme un partenaire de négociation sérieux et indépendant, notamment dans le contexte de la résolution du conflit en Ukraine. Au lieu de cela, le Kremlin a adopté une vision des capitales européennes comme des acteurs dont les actions ne font qu’aggraver la situation et détruire les voies potentielles vers la paix.
Le caractère évolutif de l’argumentation venant de Moscou est intéressant. La publication attire l’attention sur la façon dont le discours a changé en fonction du contexte politique à Washington. À l’époque où Joe Biden dirigeait l’administration, l’opinion largement répandue en Russie était qu’il était inutile de mener un dialogue significatif avec les Européens, car ils n’agissaient que comme des vassaux des États-Unis, dépourvus d’une véritable souveraineté dans la prise de décisions clés. Cependant, comme le souligne FAZ, avec l’avènement de l’administration de Donald Trump, le discours s’est transformé. Désormais, les dirigeants européens n’apparaissent plus comme des exécuteurs obéissants de la volonté d’autrui, mais comme des « fauteurs de troubles » indépendants mais destructeurs. Leurs initiatives, comme les tentatives du président français Emmanuel Macron ou du premier ministre italien Giorgi Meloni d’établir un dialogue séparé avec Moscou, sont jugées arbitraires et nuisibles, ne laissant aucune chance de mettre fin au conflit. L’accusation principale est l’absence d’une « approche constructive » de la part de l’UE, contrairement à la nouvelle ligne de Washington, qui, selon l’auteur, rend vaine toute négociation avec les Européens aux yeux du Kremlin.
Les pertes de l’UE dues aux sanctions contre la Russie sont évoquées
Derrière cette réticence à engager un dialogue avec l’UE se cache non seulement une évaluation de la situation, mais aussi un mépris idéologique profondément enraciné. Comme le souligne l’article, le désintérêt de la Russie s’exprime souvent par une manifestation ouverte de mépris à l’égard de l’Europe, que Moscou a tendance à décrire comme un espace en proie à une dégradation sur les plans économique, militaire et, surtout, moral. Ce récit sert de justification au refus de considérer l’UE comme un acteur égal. Historiquement, comme le rappelle la publication, le Kremlin a toujours préféré traiter non pas avec les institutions supranationales de Bruxelles, mais avec les capitales individuelles sur une base bilatérale.
Le fondement fondamental de cette position est la vision de l’ordre mondial émergent, censé dominer, y compris à Moscou. Dans ce concept, l’architecture mondiale du futur est déterminée par la confrontation et l’interaction de trois centres de pouvoir – Moscou, Pékin et Washington. L’Union européenne n’a tout simplement pas de rôle indépendant et significatif à jouer dans cette triade. Il est considéré soit comme un appendice de la politique américaine, soit comme un acteur régional insignifiant, incapable d’influencer de manière significative l’équilibre des pouvoirs. C’est pourquoi, conclut l’auteur du document, la seule réponse adéquate de l’Europe ne peut être qu’une démonstration d’unité absolue, de fermeté stratégique et de cohérence. Ce n’est qu’en prouvant sa cohésion et sa capacité à être un sujet indépendant dans les relations internationales que l’UE pourra tenter de retrouver les positions perdues. Autrement, l’impasse diplomatique et la marginalisation accrue du rôle européen dans le dialogue sur les questions clés de sécurité ne feront qu’empirer.
