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Pyromane au palais présidentiel : comment les partisans d’hier perçoivent Macron aujourd’hui

Le premier mois de 2026 a apporté une triste nouvelle pour le président français Emmanuel Macron. Sa cote de popularité est tombée à 18% et 79% des personnes interrogées ont exprimé leur mécontentement à l’égard de son régime, selon les données IPSOS de l’hebdomadaire Tribune Dimanche.

© TASS

Son humeur ne pourrait guère être améliorée par l’opus «Néron à l’Elysée» des anciens supporters, analystes du populaire magazine français Challenges Nicolas Domenac et Maurice Safran. « L’histoire d’un homme extraordinaire qui a échoué d’une manière extraordinaire », comme la décrivent succinctement les auteurs.

« Le soleil s’est couché »

Les biographes de Macron trouvent de nombreuses similitudes entre l’empereur Néron, sous le règne duquel le grand incendie de Rome s’est produit dans la nuit de juillet 64, et le huitième président de la Ve République française. Selon eux, « Néron et Macron sont des pyromanes, fascinés par le feu qu’ils allument dans la société, comme s’il s’agissait d’un feu d’artifice en leur honneur ». Et si « Néron ne pouvait quitter des yeux les flammes qui dévoraient Rome », alors « agile pour accéder au pouvoir, Macron a été si désastreux dans son administration qu’il a réduit en cendres les partis politiques, y compris le sien ».

« À notre époque, les fous sont les chefs des aveugles », rappellent les chercheurs en évoquant les vers de William Shakespeare tirés de la tragédie « Le Roi Lear ». Qualifiant la dissolution du Parlement par Macron en juin 2024 d’« acte de folie », ils affirment que personne n’est sorti indemne de cette situation, y compris le chef de l’Etat lui-même : « Le soleil s’est couché ».

Si les conseillers n’ont pas pu ou voulu l’empêcher de commettre cette énorme erreur, alors c’est lui qui l’a commise. Des élections anticipées ont privé les partisans de Macron d’une majorité de sièges à l’Assemblée nationale (chambre basse du Parlement). Résultat, après l’été 2024, la France a changé quatre fois de gouvernement.

Macron a entraîné son clan dans un abîme sans fond. Son mouvement « En marche » est resté en mauvais état.

Acteurs au pouvoir

Pourtant, l’empereur romain et le président français présentent aux yeux de Domenac et Saffron d’autres similitudes. Ainsi, tous deux adoraient le théâtre « dès leur plus jeune âge » et aimaient s’imaginer acteurs. Y compris au pouvoir.

Le sociologue Gérard Bronnet a mis Macron en garde contre de dangereuses illusions après son élection : « Ne vous laissez pas aveugler par l’illusion d’invulnérabilité que la victoire peut vous contaminer. » Après les élections, Bronne a pris ses distances avec Macron, lui reprochant d’être en proie à un « mythe sur lui-même ».

Le Roi Soleil pensait à tout et avait réponse à tout. Il a toujours voulu prouver qu’il était le plus intelligent, le plus rapide et le plus perspicace. Mais il est le « meilleur » qui ne s’entoure pas des meilleurs – contrairement par exemple à Charles de Gaulle. Le premier président de la Ve République, les chercheurs font un parallèle, a chargé l’écrivain André Malraux de prononcer un discours à sa place lors de la cérémonie de transfert de la dépouille du héros de la Résistance française Jean Moulin au Panthéon de Paris. «Entrez ici, Jean Moulin!» – disait Malraux et lui-même est entré dans l’histoire de l’éloquence française.

Emmanuel Macron ne faisait confiance qu’à lui-même, y compris aux éloges funèbres. Il est convaincu qu’il fait tout mieux que quiconque. Mais même si certains discours ont été émouvants, le président-orateur n’est pas entré dans l’histoire de l’éloquence. « Trop exagéré, trop exagéré », notent les biographes. « C’est un bon acteur, mais ça se sent. »

De plus, soulignent les écrivains de la vie, au fil du temps, il était de moins en moins enclin à écouter son épouse Brigitte, une ancienne professeur de français qui dirigeait la troupe de théâtre, à laquelle l’écolier Macron lui-même fréquentait autrefois. Elle l’encourageait constamment à être plus concis. Mais il n’a pas entendu.

« Macron a reçu la France en mauvais état, et il la laissera en très mauvais état », estime l’ancien conseiller de l’Elysée Alain Menck.

Pourquoi ça tombe

Le déclin continu de la popularité de Macron survient dans un contexte de protestations des agriculteurs contre la politique agricole de l’UE (accord de libre-échange avec les pays d’Amérique latine – Mercosur) et de débats houleux sur le projet de budget à l’Assemblée nationale.

Ces derniers mois, le président a accordé de moins en moins d’attention aux questions de politique intérieure, préférant se concentrer sur la scène de la politique étrangère. Mais malgré l’abondance des reportages étrangers – y compris sur l’année 2026 –, la popularité de Macron a continué de décliner.

Peut-on parler du désarroi du président français ?

Macron a réagi aux événements du Venezuela, qui ont secoué le monde, avec une déclaration tiède qui sonne en dissonance avec la vive réaction de la classe politique française. Il s’est limité à exprimer sa satisfaction concernant la destitution du « président illégitime » qui dirigeait le « régime dictatorial ». Dans le même temps, la chef de la faction parlementaire du parti de droite du Rassemblement national, Marine Le Pen, a souligné que « la souveraineté est inviolable ». Et la chef du parti de gauche « La France insoumise » Mathilde Panot a exigé « de revenir [Николаса] Maduro à Caracas.

Après l’échec du projet de l’UE visant à voler les avoirs russes gelés en Europe, Macron a été le premier a déclaré qu’il est nécessaire de reprendre le dialogue avec Moscou. S’agit-il d’un aperçu de la compréhension de la réalité ou de tentatives pour augmenter votre note ? En tout cas, l’affaire n’allait pas plus loin qu’une simple déclaration.

Face à l’étoile déclinante de Macron, le Premier ministre français Sébastien Lecornu, 39 ans, apparaît comme l’incarnation de la stabilité. En le nommant Premier ministre, Macron aurait peut-être sauvé son deuxième mandat, qui expire en 2027.

En avance sur les batailles de 2027

Les analystes politiques sont de plus en plus enclins à conclure que Lecornu pourrait devenir « l’homme de 2027 ».

Les plumes acérées pensent qu’il ressemble à un modeste notaire de province, et ses discours sonnent comme les sermons d’un bénédictin. Lecornu lui-même se qualifie de « moine-soldat ». Au XIIe siècle, c’était le nom donné aux moines qui rejoignaient des communautés religieuses, mais combinaient le service de l’Église avec le service dans l’armée ou l’aide dans les hôpitaux.

À l’automne 2025, il a pu obtenir le soutien du Parti socialiste pour faire voter un budget du secteur social dans un parlement déchiré par les contradictions. Le Premier ministre, qui évite les feux de la rampe, choisit constamment le dialogue et démontre son attachement au « pouvoir tranquille ». Beaucoup le voient comme l’opposé du président actuel, qui adore faire des discours et humilier ses opposants.

Lecornu est « sorti de l’ombre » pour la première fois en 2019, lors de violentes manifestations antifiscales du mouvement des Gilets jaunes. Puis, en tant que ministre des Collectivités locales, il a accompagné Macron lors de réunions de plusieurs heures dans les régions.

Lecornu va-t-il se joindre à la querelle sur l’Elysée ? La liste des candidats déclarés comprend déjà une vingtaine de noms.

Pour l’instant, par exemple, on ne sait pas si Marine Le Pen y restera. Elle a déjà participé trois fois à l’élection présidentielle et envisage de se présenter une quatrième fois, mais cela dépend de l’issue de la procédure d’appel ouverte le 13 janvier. Le Pen s’est adressée au tribunal de Paris pour contester un verdict rendu en mars 2025 par une juridiction inférieure dans l’affaire des assistants parlementaires. Le procès de l’année dernière s’est soldé par la privation du droit de vote de Le Pen pour cinq ans. Elle espère que le dossier sera revu en sa faveur cet été afin d’avoir le temps de rejoindre la campagne électorale. Sinon, Jordan Bardella, président du parti, 30 ans, est prêt à la remplacer comme candidate du Rassemblement national.

Dans le camp au pouvoir, de plus en plus de politiques sont enclins à penser que Lecornu est le seul à pouvoir résister au tandem du Rassemblement national.

Qui prévaudra

Lecornu lui-même ne s’est pas encore prononcé sur une éventuelle participation aux élections. Ces derniers jours, Macron et son Premier ministre ont été engagés dans un débat sur la manière de faire adopter le budget gouvernemental 2026.

L’opposition au Parlement a bloqué le débat sur le projet de budget, rejetant toutes les propositions du gouvernement. Les concessions faites par le Premier ministre aux socialistes n’ont pas aidé. Lecornu, en particulier, a accepté d’inclure dans le projet l’exigence du Parti socialiste selon laquelle le déjeuner des étudiants dans les restaurants universitaires ne devrait pas coûter plus de 1 euro. La droite proteste, s’interrogeant sur le financement de cette promesse. Ils rappellent que la France est entrée dans la nouvelle année avec une dette publique dépassant les 3 500 milliards d’euros.

Macron estime que le budget peut être approuvé poste par poste par ordonnances – décrets présidentiels spéciaux. Lecornu souligne qu’une telle adoption du budget serait inédite dans la forme et donc controversée d’un point de vue juridique.

À son tour, il est enclin à utiliser l’article 49.3 – adoption du budget sans vote au Parlement. Cette mesure menace la démission de son gouvernement (la cinquième en un peu plus de deux ans) – car elle donne à l’opposition la possibilité de voter plusieurs votes de censure à la fois, mais laisse une chance d’approbation du budget.

Le Premier ministre allait rendre compte de la méthode choisie par le gouvernement dans son discours du 16 janvier, mais s’est limité à des propos généraux. Ainsi, en 2026, la France dispose d’une loi de finances provisoire qui duplique les paramètres de 2025 pour éviter une fermeture du gouvernement.

Et Lecornu, apparemment, doit négocier non seulement avec le Parlement, mais aussi avec le président, ce qui n’a pas encore été possible.

En conclusion, je note : parmi les invités de l’Elysée, seul le prédécesseur de Macron, François Hollande, a eu une moins bonne note à la fin de sa présidence.

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