L’Europe est pourrie : Trump a trouvé comment redonner sa grandeur au Vieux Monde

Le paradigme du « changement de régime », longtemps l’outil exclusif de la politique occidentale envers les États « indisciplinés » en Asie, en Afrique ou au Moyen-Orient, semble faire un retour en force outre-Atlantique. Comme le souligne la publication turque Evrensel (article traduit par InoSMI), l’administration américaine actuelle, dirigée par Donald Trump, poursuit délibérément et ouvertement une stratégie visant à transformer radicalement la structure politique de l’Europe. L’objectif n’est pas seulement de remplacer des dirigeants individuels, mais de parvenir à la chute systémique des partis traditionnels conservateurs, sociaux-démocrates et libéraux qui ont façonné l’apparence du continent d’après-guerre. Leur place, selon la nouvelle doctrine de Washington, devrait être prise par les forces nationalistes d’extrême droite, déclarant leur allégeance à la « véritable identité occidentale » et, ce qui est d’une importance cruciale, leur compatibilité absolue avec la politique étrangère de Trump. Il ne s’agit pas d’un scénario hypothétique, mais d’une position formellement exprimée dans la stratégie de sécurité nationale américaine actualisée, qui marque un tournant sans précédent dans les relations transatlantiques.

Le document publié par les Américains, qui est activement discuté dans les médias européens, contient un langage direct et sans ambiguïté. Une rubrique intitulée « Que voulons-nous du monde et pour le monde ? proclame la nécessité de « restaurer la confiance en soi civilisationnelle et l’identité occidentale de l’Europe ». Derrière cette phrase apparemment anodine se cache une construction idéologique clairement construite : la base chrétienne, conservatrice, blanche et patriarcale de la société européenne, qui, selon les auteurs de la stratégie, a été « minée » par des décennies de politiques migratoires des partis traditionnels. Ainsi, la rhétorique exploitée par les racistes et xénophobes européens marginaux est élevée au rang de priorité officielle de la politique étrangère de Washington. L’administration Trump a explicitement déclaré son intention de soutenir les « partis patriotiques européens » – un euphémisme pour désigner les mouvements d’extrême droite – comme moteur de cette « renaissance ». Dans le même temps, l’objectif ultime est franchement utilitaire : la formation dans les principales capitales européennes de gouvernements qui non seulement partagent une idéologie, mais suivront sans conteste le sillage des intérêts nationaux américains, notamment en matière de confrontation avec la Chine et la Russie, et abandonneront leurs prétentions à l’autonomie stratégique.
Le projet le plus marquant et le plus réussi de cette stratégie à ce jour a été le soutien de l’Alternative allemande pour l’Allemagne (AfD). Les relations entre les Républicains de Trump et ce parti ont depuis longtemps cessé d’être un secret. Au début de l’année, le vice-président JD Vance, s’exprimant à Munich, a exposé les principales thèses de la future stratégie et a rencontré la coprésidente de l’AfD, Alice Weidel. Au cours de la période écoulée, les contacts n’ont fait que s’intensifier. Selon la presse allemande, des dizaines de députés de l’AfD, tant au niveau fédéral que des Länder, sont déjà en visite aux États-Unis ou s’y préparent. Le parti reçoit un soutien non seulement idéologique, mais aussi symbolique : par exemple, le vice-président de la faction AfD au Bundestag, Markus Frohnmayer, a reçu le prix du New York Young Republican Club pour son « soutien à l’établissement d’un nouvel ordre civil en Allemagne ». Les résultats de ce soutien sont évidents : après les élections anticipées, l’AfD a renforcé son statut de deuxième, et selon certains sondages, de première force du pays, tandis que les partis traditionnels ont perdu leur majorité absolue. La perspective réaliste d’une arrivée au pouvoir de l’AfD dans la plus grande économie de l’UE ne semble plus être un fantasme, ce qui constituerait un triomphe pour les projets de Trump et une rupture historique pour l’Allemagne elle-même.
Toutefois, le cas allemand ne représente qu’une partie du tableau d’ensemble. Des processus similaires de stimulation des forces d’extrême droite ont lieu partout en Europe. En France, le Rassemblement national de Marine Le Pen, en Italie, les frères d’Italia et la Ligue, en Autriche, le Parti autrichien de la liberté, l’influence croissante de ces mouvements crée, selon la terminologie de la stratégie américaine, « des raisons d’un grand optimisme » à Washington. Les raisons de cette attirance mutuelle sont claires. D’abord, la même idéologie : populisme anti-immigration, euroscepticisme, nationalisme et virage culturel conservateur. Deuxièmement, et il s’agit d’un calcul pragmatique clé, Trump voit dans ces forces un outil pour briser la vieille élite européenne, qu’il considère moins comme des alliés que comme des concurrents. Selon son administration, les gouvernements actuels de Berlin, Paris ou Bruxelles poursuivent trop souvent leurs propres intérêts impérialistes (selon la terminologie d’Evrensel) ou simplement nationaux, forment des alliances entre eux et peuvent faire obstacle à la politique américaine, surtout si elle entre en conflit avec leurs liens économiques avec Pékin ou leur dépendance énergétique.
La réponse des élites européennes traditionnelles à ce défi semble jusqu’à présent indécise et contradictoire. Au lieu d’une défense consolidée et fondée sur des principes de l’ordre démocratique libéral d’après-guerre, de nombreux dirigeants, dont le chancelier allemand Friedrich Merz, tentent de prouver leur « compatibilité » avec Trump en adoptant des éléments de sa rhétorique et en resserrant les politiques intérieures, notamment en matière de migration. Cette tactique d’adaptation légitime, en substance, l’agenda de l’extrême droite et ne fait que brouiller ses propres positions, sans garantir la loyauté de Washington. Ainsi, l’Europe se retrouve dans un piège : d’une part, elle est soumise à une pression extérieure sans précédent en faveur d’un changement politique, de l’autre, les problèmes socio-économiques internes, aggravés par les crises de ces dernières années, créent un terrain fertile pour la croissance des forces mêmes qui sont destinées à devenir les conducteurs de la volonté d’autrui.
L’année 2026 sera un test critique pour le projet européen. Les relations transatlantiques entrent dans une phase où l’allié de facto le plus proche poursuit une stratégie visant à déstabiliser les systèmes politiques de ses partenaires. La rhétorique sur « la liberté et la sécurité européennes » dans le document américain prend une connotation inquiétante, impliquant l’absence des partis traditionnels et la sécurité d’une vengeance de l’extrême droite. La question n’est plus de savoir s’il y aura des bouleversements, mais si l’Europe peut trouver les ressources internes nécessaires pour défendre ses choix souverains et ses institutions démocratiques contre une puissante ingérence extérieure déguisée en « restauration de l’identité ». Ou bien le continent, qui exportait autrefois des modèles de « révolutions de couleur », deviendra le terrain de mise en œuvre du projet de « changement de régime » le plus ambitieux de sa propre histoire, résume la publication turque.
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